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A quoi sert-il de pleurer ?

Sèche donc tes larmes de crocodile, elles ne changeront rien ! C’est un dicton que l’on entend souvent mais qui est pourtant biologiquement inadapté. Certaines situations se prêtent bien aux larmes et contrairement à ce que l’on peut penser, elles sont essentielles au bon fonctionnement de notre corps. Face à une nouvelle inattendue, devant un film émouvant ou en réaction à une bonne blague, pleurer est presque incontrôlable… Et heureusement, parce que nous en avons besoin ! Alors pour tous ceux qui ont déjà sorti l’excuse de la poussière dans l’œil pour masquer leur émotion, aventurons-nous aujourd’hui dans la formidable épopée des larmes… Vous verrez après cela combien pleurer peut-être salvateur !

 

  • Pourquoi parle t-on de “larmes de crocodile” ?

La fameuse expression des “larmes de crocodile” ne sort pas du néant ni des expressions douteuses de votre grand-mère. A la base, il s’agissait en fait d’une légende. Les crocodiles étaient suspectés de gémir dans l’unique but d’attirer une proie avant de la dévorer. Cela a donc donné un certain sens hypocrite aux larmes de crocodile : pleurer pour attendrir et avoir ce que l’on désire en émouvant autrui. Si de nombreuses références littéraires mentionnaient déjà l’existence des pleurs chez le crocodile, un mythe en particulier a longtemps fait son bout de chemin. D’après celui-ci, les crocodiles, en plus de feindre la tristesse pour attendrir leur repas, pleuraient lorsqu’ils mangeaient un être humain… Gloups !

Etant donné qu’il est plutôt mal vu de tester cette hypothèse en donnant des hommes à manger à un crocodile affamé, une étude scientifique datant de 2007 a été menée sur des caïmans et des alligators en captivité. C’est ainsi que le zoologiste Kent Vliet a mis en évidence l’apparition de petites larmes lorsque les animaux mangeaient. Même si personne ne connait l’origine de ces larmes et leur rôle, il s’agirait pour Kent Vliet d’un phénomène lié à l’obstruction de la gorge lors de la déglutition. Cette obstruction provoquerait le blocage du canal lacrymal et serait à l’origine de petites larmes. Toutefois, ces fameuses larmes n’était pas visibles chez tous les individus qui mangeaient.

D’ailleurs, l’Homme est-il le seul animal à pouvoir pleurer ? Eh bien non, mais tout dépend du sens que l’on donner au mot “pleurer”. Comme nous allons le voir dans la suite de cet article, les larmes possèdent un rôle physiologique essentiel… Mais l’Homme est à ce jour le seul à pleurer en réponse à des émotions fortes !

 

  • Existe t-il différents types de pleurs ?

Je dirai plutôt qu’il y a différents types de larmes, effectivement. Il est possible d’en différencier trois, tout en sachant qu’ils ne sont pas produits de la même façon.

Dans un premier temps, intéressons-nous aux larmes dites “basales”. Leur sécrétion est permanente (environ 0.1 millilitre par heure) et vous devriez vous en réjouir, parce que sans elle, vous auriez des raisins secs à la place des yeux ! Ces larmes assurent une hydratation parfaite de la cornée tout en la nourrissant. Elles sont constituées de lipides, de mucus et aussi d’eau. Mais d’où sortent-elles donc ? De petites poches situées dans les paupières, entre les cils. Ces larmes créent une sorte de film protecteur qui vous tient à l’abri des petites poussières et du dessèchement. Cette sécrétion est régulée par les hormones et varie avec l’âge : après la ménopause par exemple, les femmes voient leurs glandes sécrétrices s’atrophier… Ce qui amène à une sensation inconfortable de sécheresse oculaire.

Vous l’avez déjà expérimenté, l’entrée d’une grosse poussière ou d’une substance urticante dans votre œil vous fait pleurer. Citons le fameux oignon, rares sont les individus qui lui résistent ! Ces larmes sont en fait des sécrétions réflexes produites par la glande lacrymale. En réalité, elles ne sont pas indispensables pour vos yeux. Elles sont composées d’eau et de quelques anticorps mais elles n’ont pas vocation à vous hydrater. Ces sécrétions réflexes peuvent avoir deux origines différentes, raison pour laquelle on les distingue : certaines sont produites en réponse à une stimulation physique (poussière, oignon, doigt dans l’œil) et d’autres résultent d’un phénomène psychique… Comme lorsqu’on regarde Jack couler à la fin de Titanic et qu’on se dit qu’il y avait vraiment deux places sur la planche.

Les glandes lacrymales produisent des larmes en cas d’agression physique de la cornée. En temps normal, les larmes s’évacuent dans le sac lacrymal situé près du nez. Elles disparaissent ensuite un peu par évaporation au niveau de l’œil,  mais surtout sous forme de  micro-gouttelettes lors des  expirations par le nez. Mais quand les glandes lacrymales sont sollicitées, il y a beaucoup trop de larmes produites par rapport à l’évacuation possible : le sac lacrymal ne peut contenir que 0,12 millilitres de larmes. Une fois qu’il est plein, une partie des larmes en surplus se mélange au mucus nasal puis est déglutie par la gorge ou expulsée par les narines : cela provoque les reniflements que l’on connait bien quand on pleure ainsi que le phénomène naturel de nez qui coule. Les larmes coulent aussi le long des joues : le canal lacrymal chargé d’acheminer les larmes jusqu’au sac lacrymal est lui aussi saturé.

Dessin explicatif du système lacrimal
Dessin explicatif du système lacrymal.

 

  • Pourquoi pleure t-on en épluchant un oignon ?

Quand vous coupez un oignon, vous cassez ses cellules. Ceci permet la libération d’une protéine, l’alliinase, qui au contact de l’air va entraîner la formation d’un gaz irritant, le sulfate d’allyle. Ce dernier étant très volatile, il va naturellement se disperser dans l’air et ainsi entrer en contact avec vos yeux. En réponse à cette agression, les glandes lacrymales se mettent à produire massivement des larmes censées évacuer l’agent irritant… Ce qui est en fait une grosse erreur dans cette situation ! Mélangé à de l’eau, le sulfate d’allyle se transforme en acide sulfurique. Résultat : votre œil vous brûle, vous souffrez comme un martyre et plus vous souffrez, plus vous pleurez. Et plus vous pleurez, plus vous créez d’acide sulfurique !

C’est un cercle vicieux terrible, à croire que votre corps se moque complètement de vous et que l’oignon en rigole. Si vous voulez vous en sortir, il n’y a qu’une seule solution : vous éloigner de l’oignon et de son gaz. Toutes les recettes de grand-mère relèvent de l’effet placebo : la cuillère dans la bouche, le filet d’eau près de l’œil (excellente idée, l’acide sulfurique va adorer !)… Si cela fonctionne, c’est surtout parce que vous épluchez l’oignon en vitesse et que votre corps n’a guère le temps de répondre au sulfate d’allyle. Par contre, quelque chose fonctionne vraiment : les lunettes de chimiste, les masques de plongée ou tout ce qui peut isoler vos yeux de l’air ambiant. Et en plus, vous aurez un super look !

 

  • Pourquoi pleure t-on lorsqu’on est triste ?

Il est vrai que la tête de panda, le nez rouge et les yeux bouffis sont loin des notions de charme que l’on souhaite promouvoir. Mais pleurer fait partie de notre mode de communication, nous ne pourrions pas nous en passer. Regardez les bébés : ils savent très bien se faire comprendre en pleurant (et en hurlant) ! C’est notamment grâce aux pleurs que l’on peut manifester nos émotions face au danger ou au stress, par exemple. Dans ce cas, il s’agit de larmes réflexes engendrées par des situations psychiques qui n’ont rien à voir avec une agression physique.

La relation entre les émotions et les larmes est relativement mal comprise. En revanche, il est à présent certain que la production des larmes dépend de certaines hormones, dont les œstrogènes et la prolactine, hormone maternelle bien connue. Ce qui explique que les femmes pleurent en moyenne quatre à cinq fois plus que les hommes après l’adolescence : les femmes produisent en effet beaucoup plus de ces hormones que les hommes. S’il est bien connu que pleurer aide à soulager de fortes émotions, il n’en reste pas moins mystérieux que l’on se mette à sangloter devant un film ou lorsqu’on nous annonce une triste nouvelle. Il y a cependant quelques explications physiologiques intéressantes qui peuvent nous aider à y voir plus clair.

Nos émotions sont stockées dans une zone particulière du cerveau : l’hypothalamus. Il incarne les fonctions d’instinct essentielles à la survie telles que la faim, le désir de reproduction ou l’agressivité. C’est aussi lui qui orchestre les sécrétions hormonales… Et le déclenchement des réflexes ! Certains événements peuvent mettre ce système sous tension et créent des influx au niveau de l’hypothalamus, du thalamus (réactions émotionnelles) et du rhinencéphale (affects). Toute cette tension se manifeste physiquement par la sécrétion d’hormones de stress et la sensation d’avoir la gorge nouée. Certains muscles peuvent se crisper sans qu’on le veuille et la respiration peut changer de rythme.

C’est là que l’hypothalamus entre en jeu. Il commande le nerf facial VII qui est directement relié aux glandes lacrymales. Vous allez alors commencer à pleurer, puis à sangloter de manière incontrôlable. Les sanglots et les spasmes qui vous agitent à cet instant détendent le corps et le déchargent de toute sa tension. La sensation de soulagement qui s’ensuit résulte d’une parfaite détente, mais à l’heure actuelle personne ne sait vraiment quel est l’exact rôle des larmes dans tous ces événènements. Peut-être qu’elles aident à évacuer les hormones de stress ? Mystère !

En résumé, une émotion vive va envoyer une décharge à l’hypothalamus. Comme celui-ci est en contact avec un nerf directement relié aux glandes lacrymales, il est compréhensible qu’une bonne (ou mauvaise) nouvelle entraîne la stimulation de ce nerf, et donc des larmes.


La conclusion de cet article est quasi-évidente. Pleurer, c’est bon pour votre santé ! Cela signifie aussi que votre corps fonctionne bien et qu’il sait se défendre. Il n’est pas rare de rire jusqu’aux larmes, comme quoi, elles ne reflètent pas que la tristesse… Bien que la socialisation et l’éducation jugent défavorablement le fait de pleurer, il ne faut pas hésiter. On en tire ensuite beaucoup de soulagement. J’espère en tout cas qu’après cette lecture, vous ferez un peu la paix avec les oignons et avec vous-mêmes 🙂

Comment se transmet la couleur des yeux chez l’Homme ?

Le regard en dit souvent long sur la personnalité des gens qui nous entourent. Mais surtout, il s’agit de la première chose qui nous attire chez quelqu’un… Mais ça, vous le saviez déjà probablement ! Comment expliquer qu’il existe autant de couleurs d’yeux différentes ? Pourquoi avez-vous les yeux bleus alors que votre frère les a marrons ? Pourquoi certains ont-ils deux iris de couleurs différentes ? Ah, tant de questions et de si belles réponses à la clé ! Croyez-moi, nous allons aujourd’hui lever le voile sur un mystère qui n’a de cesse d’intriguer. Mais je me dois de vous avertir : après cet article, vous souffrirez comme des damnés en regardant des films dans lesquels la génétique de la couleur des yeux n’est pas respectée… Oui, vraiment, je m’en arrache (trop souvent) les cheveux !
  • Pourquoi la couleur des yeux est-elle si variable ?

Tout d’abord, une petite explication sur la génétique. Votre ADN est réparti en 46 chromosomes associés en paires (ce qui nous fait donc 23 paires). Cela signifie qu’un gène donné -le gène “couleur des yeux”, dans notre cas- est présent sur les deux chromosomes d’une même paire. C’est un peu comme une paire de chaussures, au final : vous avez deux jambes et une chaussure à chaque pied, mais l’une ne va pas sans l’autre. Bien que vos chaussures soient identiques (sauf si vous sortez votre chien très tard dans la nuit), les deux “morceaux” d’un gène donné peuvent être différents. On les appelle des allèles. Entre les deux allèles d’un même gène existent des conflits de dominance et de récessivité (ce qui n’existe pas chez le chien, pour rappel, huhu).

Pour la couleur des yeux, l’allèle le plus fort est l’allèle marron. Il prend le pas sur toutes les autres couleurs d’yeux, ce qui explique la fréquence très élevée des yeux marrons chez les gens. Le bleu est dit récessif par rapport au marron et au vert ; si vous possédez un allèle bleu et un allèle marron, vous aurez les yeux marrons. Le vert, quant à lui, n’est pas géré par le même gène que le bleu et le marron. Cela signifie qu’au moins deux gènes sont impliqués dans la coloration des iris !

  • Comment déterminer mes allèles ?

Si vous connaissez la couleur des yeux de vos grand-parents et de vos parents, vous pouvez avoir une idée assez juste des allèles que vous possédez. Et si vous avez des enfants, c’est encore mieux ! C’est ce que l’on appelle le génotype : l’ensemble des allèles qui composent votre patrimoine génétique et qui sont à l’origine de votre apparence, appelée phénotype.

Nous savons donc désormais que deux gènes sont impliqués dans la couleur des yeux. Pour des raisons de commodité, nous les nommerons gène 1 et gène 2. Chacun est constitué de deux allèles, ce qui fait donc un total de quatre allèles à assortir. Notons-les ainsi : M (marron), V (vert) et B (bleu). Le gène 1 peut posséder les allèles M et B. Le gène 2 possède quant à lui les allèles V et B.

En termes de dominance, cela donne : M > V > B. Pour que ce soit plus simple, nous allons considérer trois catégories d’yeux. Mais vous le savez aussi bien que moi, il y a énormément de variations : yeux bleu-gris, marrons clair, noirs… Le petit tableau ci-dessous donne les couleurs d’yeux en fonction des combinaisons d’allèles.

Gène 1 Gène 2 Couleur des yeux
MM BB Marron
MM VV Marron
MM BV Marron
MB BB Marron
MB VV Marron
MB BV Marron
BB BB Bleu
BB VV Vert
BB BV Vert

Vous l’aurez compris, à partir du moment où il y a un allèle marron quelque part… Vous avez les yeux marrons!

  • Peut-on savoir à l’avance la couleur des yeux d’un enfant à naître ?

Si l’on considère que vous êtes composés à moitié de votre mère et à moitié de votre père, il est possible de remonter à eux pour mieux comprendre vos yeux. En effet, pour un gène donné, l’un de vos allèles provient de votre père et le second provient de votre mère. Par exemple, si votre mère a les yeux marrons mais que vous avez les yeux bleus, elle vous aura obligatoirement transmis son allèle bleu, et non le marron qui domine sur le bleu. Cela veut aussi dire que l’un de vos grand-parents maternels possède forcément un allèle bleu, puisque votre mère en a hérité et qu’il est “caché” par le marron !

Afin que vous puissiez vous amuser à déterminer la potentielle couleur des yeux de votre futur enfant, le schéma ci-dessous vous fournit grosso modo les probabilités de couleur des yeux, toutes associations d’allèles confondues. Si vous connaissez votre propre génotype, vous pourrez déterminer bien plus précisément ces probabilités. Bien entendu, cela se base sur ce que l’on appelle un concept mendélien selon lequel il existe des allèles dominants (le marron, par exemple), récessifs (le bleu ou le vert par rapport au marron) ou co-dominants (bleu + vert ?). Nous ne sommes pourtant jamais à l’abri d’une mutation génétique ! 

 
D’après ce schéma, il semble improbable que deux parents aux yeux verts ou bleus aient un enfant aux yeux marrons. C’est effectivement très (très) rare, mais cela est possible. Les mutations arrivent parfois !
 
 
 
  • D’où proviennent les différents allèles à l’origine de la couleur des yeux ?

De la magie de l’évolution, la même que celle qui a permis l’apparition de multiples espèces sur Terre ! L’existence de ces différents allèles a beaucoup intrigué les chercheurs, il faut le dire. En 2008, une équipe scientifique du Danemark a mis en évidence l’origine de l’allèle bleu. Celui-ci résulte de la présence d’une mutation sur le chromosome 15, à proximité du gène OCA2 qui confère des yeux marrons. Ce gène correspond en fait au pigment qui colore l’iris : la mélanine. Oui, c’est exactement le même pigment qui colore la peau et les cheveux ! Cette mutation, survenue il y a environ 8 000 ans, agit comme un temporisateur de mélanine ; en gros, elle calme les ardeurs de la pigmentation qui est alors beaucoup moins forte et permet donc une coloration plus claire.

Comme nous en parlions plus haut, les couleurs des yeux ne sont pas fixées. Il existe des variations au sein d’une même “gamme” colorée. Ceci signifie que la quantité de mélanine est variable selon les individus. Mais chez les personnes qui ont les yeux bleus, les scientifiques ont pu mettre en évidence une très faible variation de mélanine… Ce qui suggère qu’ils possèdent tous exactement la même mutation au même endroit sur le chromosome 15. Et donc qu’ils descendent tous du même individu !

Notons aussi qu’il s’agit là d’une simple mutation qui ne confère pas de désavantage à l’individu. C’est juste évolutif, comme la couleur des cheveux ou la longueur des dents. Cela participe à la diversité des génotypes et donc des apparences. Par contre, si on désactive complètement le gène OCA2, un problème survient : il n’y a plus du tout de production de mélanine… Et c’est ce que l’on appelle l’albinisme !

  • Un humain peut-il avoir les yeux de deux couleurs différentes ?

Eh non, les yeux bicolores n’existent pas que chez les chiens ! Les humains peuvent aussi en faire les frais. C’est ce qu’on appelle l’hétérochromie. Celle-ci peut avoir lieu sur un seul œil ou sur les deux yeux. Cela signifie qu’un même iris peut avoir deux couleurs différentes, ce qui n’est pas rare. On observe moins souvent de véritables “yeux vairons”, c’est-à-dire deux iris de couleurs différentes. Mila Kunis en est un bon exemple !

Dans la plupart des cas, il est facile de raisonner sur la couleur des yeux en utilisant les allèles et leurs rapports entre eux. Mais en biologie, l’évolution est associée à des mutations qui peuvent casser des codes. Il y a plusieurs cas d’hétérochromies, certaines sont héréditaires et d’autres acquises (à la suite d’accidents par exemple ou de bagarre, n’est-ce pas David Bowie !).

Pour faire simple, nous allons nous concentrer sur l’hétérochromie congénitale, donc portée par nos gènes. Il peut s’agir d’un héritage génétique qui aura simplement un impact phénotypique sans conséquence, ou bien l’hétérochromie peut être le symptôme d’une maladie comme dans le syndrome de Waardenburg. Dans ce cas-là, le risque de développement d’un glaucome (lésion du nerf oculaire suite à une augmentation très forte de pression) est très important. Mais avoir les yeux vairons n’est pas forcément signe qu’on est malade, loin de là !

  • Qu’est-ce que l’hétérochromie congénitale ?

Comme expliqué plus haut, le phénotype d’yeux “bicolores” peut être dû à la génétique. Mais l’hétérochromie n’est pas forcément héréditaire. Cela n’est pas toujours visible car il peut ne s’agir que d’une toute petite tache marron sur un iris bleu, résultat d’une minuscule mutation génétique. L’hétérochromie plus poussée avec deux yeux différents ou bien un iris “coupé en deux” par deux couleurs, elle, est nettement moins courante.

Au niveau des iris, les cellules responsables de la production de mélanine sont appelées les mélanocytes. En fonction de la quantité de mélanine qu’elles expriment, ces cellules vont donner une couleur à l’iris. Au stade fœtal, les cellules doivent être redirigées vers le bon emplacement afin de “former” un fœtus correct. Les mélanocytes doivent donc migrer vers l’emplacement des yeux. Mais imaginez que cette redirection soit mauvaise ou que ces cellules soient endommagées… Il n’y aurait alors pas la même répartition des mélanocytes au niveau des deux yeux ou d’un seul œil, ce qui provoquerait une hétérochromie.

Il est aussi possible que l’hétérochromie résulte d’une chimérisation, c’est-à-dire de l’assemblage de deux organismes. Deux ovules fécondés peuvent fusionner pour donner un unique individu. Si chaque ovule fécondé possède des allèles différents pour la couleur des yeux, alors l’individu de fusion peut présenter deux couleurs d’iris différentes.

Une autre explication pour ce phénomène d’yeux vairons pourrait être le mosaïcisme. Il ne s’agit pas d’une décoration romaine, mais bien d’une mosaïque de cellules présentant différents génotypes au sein du même organe. Lors de la division cellulaire au stade fœtal, une mutation peut avoir lieu dans une cellule donnée. Si celle-ci se divise à son tour, elle va transmettre sa mutation à ses cellules-filles, et ainsi de suite. Il y aura alors apparition d’une population cellulaire subtilement différente, mélangée aux cellules “normales” ne présentant pas cette mutation. Si cette petite mutation a lieu au niveau d’un gène de coloration de l’iris, comme OCA2, il est possible d’avoir deux yeux de couleurs différentes ou bien des tâches de pigmentation sur un iris.


Pour conclure sur cet article, je tiens à préciser que la génétique est complexe. Il y a de nombreux gènes impliqués dans un phénotype donné. L’idée est que vous puissiez mieux comprendre l’héritage de la coloration des iris, mais il suffit de comparer deux paires d’yeux marrons ou verts pour constater qu’ils ne sont pas identiques ! Il y a donc d’autres gènes en jeu, des mutations évolutives, etc. Amusez-vous à faire votre propre analyse ; vous connaissez la couleur des yeux de vos parents, de vos grands-parents, vous connaissez la vôtre… A vous d’essayer de déterminer votre génotype !

Si vous avez besoin d’un coup de main pour cela, n’hésitez pas à commenter. Avec un peu de patience, vous pourrez même faire toute la généalogie de votre famille en termes de couleur d’yeux !